Analyse du recrutement 2016 : comparaison Franco-Anglaise, perspectives d'avenir

Les statistiques ont été arrêtées au début de la saison de Top 14, et ne prennent pas en compte les derniers Jokers notamment. De même, ne sont comptabilisés que les contrats professionnels, si certains recrutements d'espoirs sont réalisés dans le but d'intégrer directement le groupe pro la grande majorité arrive pour parfaire encore leur formation.

Le nombre de recrues

Le but est de comparer ce qui est comparable, aujourd'hui la Premiership est le seul championnat ayant un fonctionnement identique au Top 14, et le nombre de recrue est sensiblement la même aux alentours de 8 recrues par club en moyenne. Même si en réalité les Britons remanient plus leurs effectifs, si l'on tient compte du fait que les promus recrutent plus et que le Top14 en compte deux quand les anglais n'en ont qu'un, hors promus, les clubs Anglais recrutent en moyenne 15% de plus que les Français.

Les Anglois vont nous bouffer !

Derrière ce titre racoleur, relayant une idéologie largement véhiculée dans les PMU provinciaux et son pendant digital qu'est Twitter, se cache des réalités factuelles et des perspectives compliquées.

Il est évident que les XV de la Rose (et ses équivalents chez les jeunes) est deux niveaux au-dessus du XV de France depuis 5 ans. Il est également évident que les institutions anglaises mettent dans de bien meilleures dispositions les équipes nationales à tous les niveaux :

- Rétributions plus importantes pour la mise à dispositions des internationaux

- Moins de matchs de championnat (deux équipes de moins, pas de barrages)

- Plus de temps passé par les internationaux auprès du staff d'Eddy Jones

- Une équipe "réserve" avec les Saxons qui n'existe plus depuis des années en France etc...

Ceci étant dit, sur le court terme effectivement les Anglais nous bouffent et ça pourrait durer. Néanmoins, si la compétitivité à court terme de l'équipe nationale réside dans la capacité des institutions à mettre en œuvre des mesures nécessaires pour que l'efficience des XV Nationaux soit maximale ; en revanche, l'avenir et la pérennité des équipes nationales Européennes résident plus dans la capacité des clubs à fournir des joueurs à fort potentiel sur la durée.

Cela parait évident mais les meilleurs accords du monde entre Ligues-Fédérations-Clubs seront inefficaces si les joueurs n'ont aucun temps de jeu en Club et une formation axée sur les exigences techniques du haut-niveau.

D'où viennent ces recrues ? Qui représentent-ils ?

Dans les mêmes PMU et avec les mêmes utilisateurs du réseau on entend deux sons de cloche qui s'opposent.

Le premier fustigeant le recrutement des clubs de la Fédérale à l'élite, qui tue les équipes de France au détriment d'une course à l'armement court-termiste ! En gros ils gueulent "ya tro détrangé !".

Le deuxième lui s'en prend aux instances dirigeantes du Rugby Français qui font tout pour pénaliser son club à coup de mesures discriminantes (JIFF et salary cap) et qui lui piquent ses joueurs pendant tournois et tournées. En gros il gueule : "c 1 complo, il le fon monté a marcatraz juste pour nou emerdé é pa le prendr dan le groupe apré !"

En analysant le recrutement, avant d'analyser les temps de jeu, on s’aperçoit que 73% des recrues étaient déjà licenciées à la FFR l'an dernier (Top 14 - Pro D2 - F1 - VII) quand seulement 53% des recrues Anglaises officiaient sur le territoire d'Elisabeth la saison dernière.

D'où vient cette différence, contrairement aux dires des apôtres du comptoir décrits ci-dessus, je ne pense pas que le salary cap, les JIFFs ou l'attractivité joue vraiment. Je pense que certains présidents tirent les leçons des "erreurs" des autres. Il suffit de regarder le nombre de joueurs venant des provinces Celtes, il baisse considérablement depuis les échecs successifs des internationaux (notamment Gallois et Irlandais) en Top 14 ! De même pour les internationaux Australiens et Sud-Africains, vaccinés par les histoires vécues notamment par le RCT et l'UBB, le recrutement se tourne vers le marché intérieur ou des joueurs évoluant à l'étranger "en devenir" pas encore internationaux.

De même les réussites sur le plan national d'équipes "outsiders", telles que le MHR 2011, le CO 2013 et 2014, le SFP 2015 ou le Stade Rochelais depuis le début de saison, changent les mentalités de recrutement, privilégiant ce que l’on appelait avec dédain : « les bons joueurs de club » à des internationaux susceptibles d’être rappelés pour les tournées ou le Rugby Championship !

Outre-manche, la tendance de l'été c'est du gros, du lourd peu importe d'où il vienne. Les Sarries sont actuellement le modèle qui fonctionne, qui évolue vers le système qui a permis aux Français, et notamment au RCT de régner sur l'Europe. Garder une ossature solide sur plusieurs années, en prenant des "vieux" internationaux expérimentés en quête d'un dernier défi (Burger cette saison par exemple).

De même, mais à moindre mesure, on s'aperçoit que le dernier titre du Stade Toulousain est gagné grâce à une énorme mêlée (première et dernière grosse année de Steenkamp au ST) et un ouvreur All Black au-dessus du lot sur ces phases finales (McAllister).

L'Angleterre surfe donc sur la vague initiée par les Français au début des années 2010 avec le recrutement de grands internationaux reconnus tels que : K. Beale, M. Toomua, L. Picamoles, W. Le Roux, S. Burger, JP. Pietersen, T. Faletau etc... Quand le Top 14 freine en se recentrant sur son marché intérieur.

Quelles perspectives en club ? En équipe nationale ?

Si le recrutement est plus clinquant chez les Anglais il est encore de qualité en France, 56% des mutés en Top 14 sont des internationaux contre 50% pour la Premiership.

A mon humble avis, la Coupe d'Europe va être compliquée, même si je vois le Racing et le MHR capables de rivaliser avec les Sarries ou les Wasps, en revanche on peut être dubitatif sur l'avenir du rugby anglais si la tendance se poursuit.

En effet si la tendance de ce recrutement se confirme, avec seulement 34% des recrues Anglaises cette saison (pour 43% de recrues Françaises en Top 14). Les Anglais foncent vers le même problème qu'ont connu les Français, avec une baisse du temps de jeu des joueurs de la Rose et des carences rapides pouvant apparaître à certains postes.

Ma conclusion

Alors évidemment les Anglais ont l'air plus intelligent que nous rugbystiquement, en effet si les courbes représentant le temps de jeu des joueurs locaux se rejoignent, le rugby Français avait réussi à mettre de l’alcool sur le feu qui le consumait.

Alors que les clubs français sont au sommet de l'Europe (le ST puis le RCT) et le XV de France en finale de la Coupe du Monde 2011, les premiers signaux de détresse sur le réservoir de joueurs à disposition du sélectionneur commencent à clignoter ! On nomme alors celui qui sera le pire sélectionneur de l'histoire du XV de France, débauché du RCT (qui n'en demandait pas tant pour prendre un vrai coach qui lui fera retrouver la gloire) sans lui mettre entre les mains les moyens que son homologue Anglais aurait par la suite. Alors oui Stuart Lancaster sera a jamais marqué par l'élimination de la perfide Albion au premier tour de SA Coupe du monde, mais il a construit une génération. Lui l’entraîneur de jeunes, a fait émerger des joueurs qui permettront au XV de la Rose de résister un temps si la politique des clubs Anglais devient aussi néfaste que le fut celle des clubs français pour le XV de France.

Avec 4 ans de décalage les similitudes sont troublantes, les clubs anglais prennent le dessus sur les Français sportivement et recrutent massivement des stars internationales, comme les Français après la CDM 2011. En parallèle la sélection sort du mandat d’un coach issu des filières de jeunes, ayant fait émergé une génération prometteuse, un peu comme Lièvremont avant 2011.

Néanmoins, et si l’analyse de se recrutement peut être inquiétante (si la tendance se poursuit), la Fédération Anglaise a su capitaliser sur ce qui est un des plus gros échecs du XV de la Rose en ne remettant pas en cause l’excellent travail de Lancaster et en confiant une génération aujourd’hui mature, à un manager dont les résultats (récents) au niveau international ne peuvent que fasciner !

En France, le XV de France tendrait à redevenir une priorité. Mais bien que des mesures soient prises pour la libération des internationaux, des incitations financières mises en place corrélées au durcissement des JIFFs etc… On sent que le mal est plus profond et que le chantier de la formation est colossal. Le problème est que ce chantier requiert un maître d’œuvre conscient et capable d’œuvrer à tous les étages, de l’initiation au rugby à la négociation avec la ligue pour optimiser les conditions des internationaux.

Aujourd’hui, dans la cour de récré qu’est la campagne à la présidence de la FFR, j’ai du mal à voir lequel des candidats peut être le chef de chantier idoine. Comme une impression malsaine qu’il est plus important d’écrire des lettres ouvertes en réaction à des petites phrases, de justifier un passé tantôt immobiliste, tantôt en contradiction totale avec son programme pour le futur. Comme l’impression qu’en France lorsqu’une éclaircie apparait coté des clubs, le temps se voile du côté des institutions et vice-versa.

Au moins les Anglais ont un des hémisphères du cerveau rugbystique en bon état !


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