"L’Enfer du Décor" sonne assez creux


Mettons directement les choses au clair, je joue à Figeac (le petit village de 10 000 habitants du reportage de Stade 2) et je suis rugbyman, donc pour ceux qui ont adoré ce reportage, vous pouvez me traiter directement de démago-non objectif parce que pour moi cette « enquête » est une purge journalistique, populiste et aguicheuse.

Je m’explique, bien sûr qu’il y a du dopage dans le rugby, au moins autant qu’ailleurs. Et si je ne parle que de ce que j’ai vu, il y en a à tous les étages, des Crabos aux pros en passant par des amateurs de fédérale simplement défrayés pour jouer. Mais toutes les personnes proche du rugby savent cela, elles savent aussi qui prend quoi et pourquoi, mais elles savent aussi que cela ne concerne pas la majorité des joueurs.

Concrètement qu’est-ce que nous apporte ce reportage que nous ne savons déjà ?

  • 3 joueurs positifs sur 12 contrôles dans un match amateur dont un au cannabis. Donc une mobilisation de 15 gendarmes, un procureur, un expert cycliste bien médiatique le jour même (le lendemain des attentats du 13 Novembre, ce n’était pas anxiogène sur le terrain….). Sans compter des moyens de renseignements mis en place au préalable (dixit le proc’) ! Tout ça pour attraper deux mercenaires (Argentin et Marocain) dans match amateur d’une équipe sportivement à la ramasse !

  • Le témoignage d’un joueur qui a écumé la Fédérale 1 pour essayer de retrouver le niveau pro sans doute perdu à la suite de sa blessure.

  • Le témoignage d’un jeune qui a malheureusement et individuellement pris les mauvaises décisions pour atteindre le rêve de tous les apprentis rugbymans qui nous avons été !

Pour moi cela, n’apporte rien, il nous a été proposé 20 minutes de fact-checking et de résumés d’articles de la Dépêche du Midi à simple but sensationnaliste, sans aucun travail de fond sur des sujets pourtant essentiels et évoqués par les acteurs de ce reportage. Cela vous a plu ? Je comprendrais si cela avait été diffusé chez Hanouna ou Morandini mais là ça m’emmerde un peu !

Les vrais sujets, qui sont par ailleurs les causes du développement du dopage dans le rugby ne sont même pas effleurés par les journalistes alors que pourtant bien explicites dans les paroles des intervenants :

  • Les « négriers du rugby » comme le dit Bernard Landes. Ces petits agents qui « survendent » des joueurs à des clubs ambitieux de Fédérale. Joueurs souvent pas assez bons pour passer le cap du professionnalisme, mais qui sur le conseil de ces dits agents se rendent artificiellement assez performant pour glaner des contrats "honnêtes" en Fédérale 1 – 2 – 3.

  • L’encadrement des jeunes joueurs, qui à 16 ans partent en Crabos côtoyer l’excellence des clubs de Top14 et ProD2 avec le rêve de pénétrer un jour dans le vestiaire de l’équipe Première. La majorité, se retrouve à 23 ans hors du système pro et soumis aux mêmes tentations et aux mêmes agents que pour les étrangers mentionnés ci-dessus !

  • L’encadrement des professionnels, qui font tout pour revenir le plus vite possible après les blessures quitte à les masquer pour ne pas entacher leur image de joueur, pour ne pas risquer de perdre une prolongation de contrat notamment.

Tous ces sujets méritent d’être développés, comme des enquêtes journalistiques doivent être effectuées au sein des clubs pro, mais aujourd’hui on ne fait que gratter à la surface pour étaler la mer** sur la place publique.

Petit retour en arrière :

  • 2016 : dans quel sport a-t-on vu un tel déferlement médiatique suite à des infiltrations intra articulaires déclarées et réalisées dans les règles sur des sportifs ?

  • 2015 : comment le RCT a-t-il pu être, sans aucune preuve tangible, être traîné dans la boue par la vindicte populaire sur à l’affaire des pharmacies alors qu'il n'y avait aucun lien avec le triple champion d'Europe.

  • 2013-2014 : Rapport de l’AFLD expliquant que le Rugby est le sport où il y a eu le plus de contrôles positifs durant l’année. 22 positifs sur 600 contrôles, dont 9 au cannabis et la grande majorité en amateur. Personne pour expliquer que le Rugby était le sport le plus contrôlé (derrière le cyclisme évidemment), devant le football par exemple qui possède pourtant 4 fois de licenciés… Personne pour reparler de ce rapport non plus quand l’haltérophilie ou l’athlétisme ont reçu le même titre peu honorifique de sport ayant le plus de contrôles positif.

Alors non je ne suis pas dans le déni, les faits sont là il y a du dopage dans le rugby certainement plus que dans les autres sports collectifs. Mais j’ai l’impression que l’on cherche absolument « à se faire » le rugby pro sur ce thème-là, et que sans preuves tangibles, le discrédit est jeté en permanence à base de suspicions malsaines. Vous voyez vous aussi fleurir, les stats sur l’évolution morphologique des rugbymans depuis 20 ans ? Ils sont plus lourds, mais ils sont juste plus professionnels.

Avez-vous vu un reportage sur les nouvelles pépites du rugby mondial, dont le physique redevient de plus en plus "banal", des exemples ? Barrett, Cruden, McKenzie, Milner-Skudder et même les avant A.Savea, Coles pour les Blacks. Brown, Slade, Ford, Devoto, Andy Goode pour les Britons. Serin, Plisson, Bézy, Bonneval, Dulin, Camara, Macalou en France. Et même le meilleur joueur de notre championnat l’an dernier, pourtant un Bok dont la réputation physique n’est plus à faire, Johan Goosen.

Donc oui le dopage est un fléau qui sévit dans le Rugby au moins autant qu’ailleurs, mais j’en ai un peu assez de voir des agitateurs médiatiques entrer sur le côté du ruck, sans preuve ni piste crédible pour jeter l’opprobre sur un sport dont ils soupçonnent les méfaits.

Si le dopage est aussi présent que vous le sous-entendez, alors vous trouverez des faits et ferez bouger l’ovalie dans le bon sens.

#rugbyamateur #top14 #dopage #journaliste

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