Bilan du Tournoi : les Centres

Sans doute le poste le plus concurrentiel, celui qui rassemble le plus de talents et de diversité en Europe. Les profils individuels sont tous différents et compliqués à comparer, de ce fait si le bilan individuel est important mais il faut mettre en perspective qu'un sélectionneur choisit souvent plus une paire complémentaire que deux individus performants.

Téléchargez l'infographie en PDF

Premier Centre

Les « autres » :

  • François Trinh-Duc / Virimi Vakatawa ont fait des piges mais sont à retrouver dans l’analyse de leur poste naturel

Le Bilan des Français :

Un seul joueur à analyser, Gael Fickou a monopolisé l’intégralité des minutes de ce tournoi au poste de premier centre. Il n’était clairement pas le premier choix dans l’esprit des sélectionneurs, la tournée de Novembre avait porté Wesley Fofana à un niveau auquel la concurrence ne pouvait que le chatouiller. Impérial en Bleu et avec les jaunards, Fofana avait enfilé un costume de patron que l’on espérait plus, malheureusement une rupture du tendon d’Achille a stoppé sa saison la plus brillante depuis plusieurs années. Naturellement Gael Fickou a pris le relai, le prodige Toulousain avait tout à prouver sur ce tournoi, si son talent est indéniable il ne l’a jamais montré sur la durée avec l’équipe de France, et se retrouve noyé dans un marasme Toulousain qui, visiblement, l’empêche de s’exprimer pleinement comme il le faisait à ses débuts. Avec peu de concurrence Fickou avait tout à gagner, du temps de jeu assuré sur tout le tournoi sans réelle pression concurrentielle, un plan de jeu maitrisé et il a saisi sa chance. Il est monté en puissance comme si la confiance était le carburant de son immense talent, pour finir avec des statistiques monstrueuses. Son attitude de « faux-lent », un peu dilettante, le dessert dans l’image qu’ont les observateurs du rugby, mais quel joueur. Son tournoi est un vrai soulagement, j’avais peur que Fickou puisse être rangé au rang des éternels espoirs qui ne confirment jamais, ses performances avec le maillot bleu donnent du crédit à sa réputation et montrent à quel point le jeu de son club gâche ses qualités pourtant assez multiples et variées. Timide en Angleterre, il fut impressionnant sur le reste du tournoi.

L’avenir

Le tandem Gael Fickou / Wesley Fofana devrait être de la partie jusqu’en 2019. Il y a l’incertitude de la récupération du Clermontois, néanmoins sa blessure arrive « au bon moment », sauf incident il devrait être remis sur pied pour faire une préparation physique complète avec le groupe cet été et donc attaquer la saison prochaine dans les meilleures dispositions. Gael Fickou, qui vient seulement d’avoir 23 ans ne devrait pas bouger, si il est un vrai 12, il peut assurer en 13, fort défensivement et impressionnant offensivement il assure. La place de titulaire ? Elle dépendra de plusieurs choses, et notamment des performances en club, si Fofana revient à son niveau d’avant blessure, son association avec Lamerat en club devrait faire pencher la balance en sa faveur. Néanmoins s’il est, ne serait-ce qu’un peu moins bon, Fickou pourrait rester en place, mais cela dépendra aussi des performances en club du toulousain. Si l’effectif du Stade parait se mettre en ordre de bataille autour d’une jeunesse conquérante, l’incertitude autour des équipes dirigeantes pourrait perturber l’effectif, et par ricochet, la saison de Gael Fickou. Derrière ces deux-là, le principal joueur à l’affut reste Jonathan Danty, après une énorme saison que le fit international (celle du titre de Champion de France), il a vécu une saison galère qui se termina avec une opération chirurgicale, s’il a semblé peiner pour retrouver le rythme, à 100% il est un joueur dont on aurait tort de se passer. Le dernier premier centre des différentes listes de Guy Novès, Maxime Mermoz, semblait très éloigné d’un retour tant sa saison toulonnaise était un calvaire personnel. Son départ en Angleterre lui a redonné un élan positif, il est de nouveau compétitif, et si à 31 ans il ne représente pas l’avenir, il reste crédible si besoin.

Où se situe le titulaire Français par rapport à ses concurrents durant le tournoi ?

L’impressionnante densité et la diversité des profils méritent que l’on se penche sur chaque joueur individuellement.

- Luke McLean : le Jacques Cheminade du rugby européen. L’OVNI de l’ovalie, ce type est extraordinaire, 10 ans de règne sans partage au royaume de l’imposture, l’Australien a porté tous les numéros de la squadra du 10 au 15, il est de toutes les campagnes, a eu le rôle de buteur, mais rien n’y fait son niveau reste une énigme. Placé en premier centre, ses statistiques, même s’il est derrière ses concurrents européennes, ne sont pas catastrophiques non plus. Aucune influence dans le jeu mais pas d’énormes bévues, il a re-signé à l’aise jusqu’au Japon.

- Owen Farrell : je commence sérieusement par lui parce que je ne comprends pas, je ne comprends pas comment ce joueur peut figurer dans toutes les équipes types du Tournoi (quelques soit les médias) au poste de premier centre. On ne juge pas un ouvreur là on juge un 12, changez lui le numéro et mon analyse sera différente mais quand même. 27.3% de placages ratés, c’est énorme, c’est 3 fois plus que la moyenne du poste, 115 mètres parcourus quand Fickou est à 258, 4 défenseurs battus quand Fickou et Williams sont à 10, 32 courses avec le ballon quand Henshaw est à 62… Il est beaucoup trop loin de ces joueurs-là, oui c’est un bon animateur, un excellent buteur, mais au poste de premier centre, sur ce tournoi il y a trop d’éléments négatifs pour rivaliser avec les autres. Au Poste de 10 il serait en revanche, certainement tout en haut de la hiérarchie.

- Alex Dunbar : Spécialité Grattage, 8 ballons gagnés, c’est le deuxième total du Tournoi derrière le monstre Maro Itoje. Très sûr en défense et monstrueux dans les rucks, il est en retrait en attaque, gardant son énergie pour être au soutien des artistes imprévisibles qui l’entourent : Finn Russell, Huw Jones, Stuart Hogg voire Mark Bennett. Un vrai régulateur, indispensable à l’Ecosse.

Robbie Henshaw : un peu en retrait par rapport aux dernières campagnes, est-ce un coup de moins bien, ou le fait de partager la lumière avec la nouvelle étoile du rugby Irlandais en 13 ? Peu importe, si il est moins visible c’est aussi qu’il est mieux pris, parce question activité offensive personne ne fait mieux avec ses 62 courses avec ballons et 9 défenseurs battus (juste derrière Williams et Fickou). Solide en défense (13.3% de placages manqués), il avance quand même moins, et fait moins jouer après lui qu’avant. Un bon tournoi et des grosses certitudes pour les Irlandais avec cette paire Henshaw-Ringrose.

- Scott Williams : mettre fin à l’hégémonie de Jamie Roberts n’est pas chose aisée, l’ex Racingmen n’avait plus était remplaçant en équipe nationale depuis 9 ans. Il semble que Scott Williams ait convaincu tout le monde, la quarantaine de sélections (à 26 ans) qu’il a glanées durant les absences successives de Roberts et J. Davies ces dernières années (tantôt en 12 tantôt en 13) et le retour de Davies aux Scarlets avec qui il est donc associé toute l’année, l’ont propulsé à une place de titulaire amplement méritée. S’il a récupéré la tunique de Roberts, son jeu est bien différent. S’il est capable d’être le joueur de fixation que fut le centre des Harlequins, il est avant tout un franchiseur d’instinct. Rapide, avec des appuis courts, recherchant l’intervalle (10 défenseurs battus, meilleurs total pour un 1er centre avec Gael Fickou) tout étant un défenseur sûr et rugueux (meilleur pourcentage de placages réussis avec Gael Fickou). Pour sa première campagne de titulaire avec Roberts et Davies présents (et en forme) dans le groupe il n’a pas déçu.

- Gael Fickou : sans reprendre le bilan réalisé précédemment, sur le plan statistique il est premier dans les catégories :

  • Mètres parcourus, avec deux fois plus de distance que le second Owen Farrell

  • Au nombre de défenseurs battus, à égalité avec Scott Williams

  • Au nombre d’offloads

  • Au pourcentage de placages réussis, avec Scott Williams

  • Au nombre d’essais marqués

Statistiquement c’est juste impressionnant.

1/ Gael Fickou, les statistiques sont trop éloquentes pour que le subjectif puisse contrarier cette place

2/ Robbie Henshaw, très proche statistiquement de Scott Williams, mais avec une activité plus importante

3/ Scott Williams / Owen Farrell, son influence dans le jeu et la réussite Anglaise est aussi impalpable qu’essentielle, en 10 il serait très haut dans le classement, en 12 il a statistiquement beaucoup trop de lacunes.

Difficile de ne pas mettre Alex Dunbar, tant il surnage dans la récupération des ballons, néanmoins, le choisirait-on pour cette qualité si l’on devait faire choisir parmi ces 5 joueurs ? Je ne pense pas mais cette qualité mérite d’être mise en avant.

Second Centre

Les « autres »

  • François Trinh-Duc / Virimi Vakatawa ont fait des piges mais sont à retrouver dans l’analyse de leur poste naturel

  • Henry Chavancy : (1 apparition) : 8 mètres parcourus, 0 défenseur battu, 0 offload, 3 courses avec ballon, 1 placage réalisé, 0 placage manqué, 0 ballon gagné, 0 pénalité concédée

Le Bilan des Français

Rémi Lamerat, comme Gael Fickou n’a laissé que des miettes à ses « concurrents », assez pour que l’idole des Hauts-de-Seine puisse obtenir une sélection qu’il mérite depuis un moment. Rémi Lamerat n’est pas une réelle surprise, très attendu depuis 10 ans, il avait fait forte impression lors de ses débuts, des blessures récurrentes ont eu (à tort) raison de son aventure toulousaine, bien que toujours sujet aux pépins physiques le voisin Castrais a complètement relancé Lamerat, et l’ASM le propulse au niveau attendu depuis tant d’années. Depuis Novembre, Rémi Lamerat s’est imposé comme LE second centre du XV de France, un poste en souffrance depuis des années. Ses performances sont incroyablement complètes, on le savait très puissant et capable de faire admirablement jouer derrière lui après contact, solide en défense, il est également précieux pour récupérer des ballons au grattage ou à « l’arrachage ». Il a peu de points faibles lorsqu’il est en forme, souvent un trop enthousiaste, il s’épuise et commet des fautes « évitables ». Mais sa performance globale reste d’excellente facture, conclue par un essai très important face aux Gallois, essai que l’on ne voyait plus venir tant il a joué de malchance dans l’en-but sur ses dernières sélections.

L’avenir

Ne lui souhaitons pas malheur, mais si Rémi Lamerat reste à ce niveau-là et ne se re-blesse pas, il faudra que ses concurrents élèvent considérablement leur niveau de jeu pour venir lui chaparder le maillot bleu. D’autant plus qu’il n’y a que peu de prétendants en 13, lors de la tournée de Novembre le staff a préféré Fickou pour doubler les deux postes du centre, idem lors de ce tournoi quand Trinh-Duc est revenu, et il y a des chances pour qu’il en soit de même au retour de Fofana. De plus qu’elles sont les alternatives ? Henry Chavancy évidemment appelé, dont on sait qu’il apporte des garanties, notamment défensives. Les centres convoqués pour le prochain stage :

  • Mathieu Bastareaud reste dans les petits papiers mais semble loin du plan de jeu

  • Pierre Aguillon semble plus coller au profil mais trentenaire et non capé (et jouant plus en 12), néanmoins ses performances Rochelaises sont logiquement récompensées d’une convocation

  • Jean-Baptiste Dubié, bon joueur de Top 14, je ne l’imagine pas à ce niveau mais en espérant qu’il me fasse mentir, un vrai 13.

Il me parait difficile de passer sous silence la vraie révélation du tournoi, comme à chaque grande compétition, les doublons donnent du temps à des jeunes qu’il sera difficile de faire redescendre en Espoir, Damian Penaud, puisque l’on parle de lui c’est : 100 mètres parcourus, 10 courses avec ballon, 1.5 offload, 1.4 franchissement, 0.5 essai par match (stats ramenées sur 80 minutes de temps de jeu effectif). Offensivement il est aussi impressionnant qu’il colle parfaitement au profil, alors à seulement 20 ans, il faut qu’il progresse dans l’efficacité défensive (30% de placages ratés) mais sa base de performance est très encourageante.

Où se situe le titulaire Français par rapport à ses concurrents durant le tournoi ?

Comme pour les premiers centres, la densité des seconds centres est terrible. En revanche nous évacueront des débats Benvenuti, il en serait certainement autrement si Campagnaro avait joué tout le tournoi, mais l’Italien n’est pas invité.

- Huw Jones : révélation de Novembre au niveau international, chipant la place d’un Mark Bennett titulaire est excellent lors de la dernière coupe du monde, le centre des Stormers avait planté un superbe doublé aux Australiens lors de la courte défaite des Ecossais. Il a prouvé sur ce tournoi qu’il était au niveau et qu’il justifiait sa titularisation. Son arrivée à Glasgow l’an prochain où il sera associé toute l’année à Dunbar fera progresser la paire donc le joueur. Néanmoins il reste statistiquement, encore, en dessous des quatre autres joueurs que nous allons étudier ensuite.

- Garry Ringrose : Attention phénomène, nouvelle pépite du rugby Irlandais, le nouveau Bryan O’Driscoll etc… Le jeune centre du Leinster mérite des louanges tant ses performances sont enthousiasmantes, mais j’espère que ça ne le grisera pas, rappelons que Ringrose n’a jamais qu’un an de moins que Fickou, deux de moins que Henshaw, Huw Jones et qu’il ne termine « que » sa deuxième saison chez les professionnels. Donc si j’espère qu’il continuera ainsi je mets toujours des bémols tant qu’un joueur n’a pas confirmé lors d’une nouvelle campagne avec l’équipe nationale, les cimetières sportifs sont plein de nouveaux Zidane, Blanco, Sella etc… qui pétris de talent peinent à confirmer face à un héritage lourd à porter. Néanmoins jugeons le sur cette campagne hivernale, et là que dire si ce n’est que c’est tout bon ! Très doué en attaque, vif rapide, se proposant en permanence, offensivement il y a peu de déchet, ses statistiques sont presque un copier-coller de celles de Lamerat en attaque avec un peu plus d’activité pour l’Irlandais. Défensivement c’est un peu plus compliqué, 18% de placages ratés c’est beaucoup au niveau international même si ce n’est pas catastrophique, et contrairement à ses collègues 13, il n’a pas été pénalisé sur le Tournoi. Une performance globale assez impressionnante pour le jeune rouquin.

- Jonathan Joseph : (attention il n’a que 4 matchs dans le tournoi) l’efficacité clinique associée à la l’élégance incarnée. Bien moins actif que ses concurrents, touchant moins de ballon, plaquant moins (dans une équipe dominatrice c’est aussi un peu logique) mais alors par contre ce garçon ne rate rien. 4 titularisations, 3 essais, 10 mètres parcourus par course réalisée (les autres sont entre 3.5 et 5 mètres), 1 seul placage raté, aucune pénalité concédée. En revanche si l’on va dans le détail, 75% de ses stats sont réalisées sur un seul match, face à l’Ecosse qui craqua complètement ce jour-là pour encaisser 60 points. Face à la France, au Pays de Galles et à l’Irlande, des matchs âpres et à fort enjeux il fut assez réservé, si bien que Jones préféra titulariser Ben Te’o lors de la 3ème rencontre de ce tournoi. Irrégulier, il a prouvé à quel point il est talentueux sur ce tournoi, mais aussi à quel point ses performances sont sinusoïdales.

- Jonathan Davies : je suis un peu embêté avec l’ancien Clermontois, il est premier dans toutes les catégories statistiques offensives, défensivement il est assez loin d’un Rémi Lamerat mais assez proche de Ringrose. Malgré ses excellentes statistiques il ne m’a pas fait une énorme impression, d’autant qu’il offre la victoire aux Anglais avec ce coup de pied horrible qui rend le ballon aux Britons. Néanmoins ses statistiques globales sont trop au-dessus pour que mon jugement subjectif puisse le « sanctionner », d’autant qu’en recherchant dans les différents médias étranger, le poste de 13 de l’équipe type du tournoi est attribué aussi souvent à Davies qu’à Ringrose ou Lamerat, cela prouve la densité. Respectons donc les stats …

1/ Jonathan Davies

2/ Rémi Lamerat

3/ Garry Ringrose, il « paye » ses 18% de placages manqués dans mon incertitude avec le Français, plus complet.

#statistiques #Tournoi6nations #XVderance #rugby

RECENT POSTS
SEARCH BY TAGS
Pas encore de mots-clés.
ARCHIVE
  • Twitter - White Circle
  • LinkedIn - White Circle
Tout mes articles sont réalisés sans volonté de jugement, avec le plus d'impartialité possible mais certainement aussi, avec des écrits partisans et des émotions personnelles, inhérents à la passion qu'engendre ce sport.