Sur l'échelle de l'incohérence, le staff du XV de France crée de nouvelles valeurs étalons

Le Rugby Français est un monde particulier, un entre-soi fermé où chacun se protège autant qu'il protège l'autre, une culture du silence, un respect des hommes et de la parole donnée qui fascine à l'extérieur, mais qui parfois empêche d'avancer.

Souvent on a préféré se taire et régler les choses en famille, les acteurs du rugby et la presse était au diapason de cela, des éclats de voix truculents mais peu de remise en question du fond.

Mais depuis quelques mois cette omerta a pris fin, joueurs, anciens joueurs, journalistes, plus personnes n'hésitent à dénoncer les incohérences d'un staff sous assistance respiratoire d'une fédération qui navigue au gré des amitiés ! Ironie du sort, Bernard Laporte (et la FFR) qui subit le courroux de l'intégralité du Rugby Français, est celui qui est responsable de la fin la loi du silence, en licenciant Guy Novès il a ouvert une porte qu'il sera bien difficile de refermer à présent !

Morgan Parra dans L’Equipe a sans doute libéré la parole des joueurs après la déroute Anglaise :« Après, trouver des solutions, c'est compliqué. Nous, joueurs, on essaie, mais c'est compliqué. Maintenant, tout le monde doit aussi chercher .. » et surtout sur les stratégies de jeu, notamment face aux Anglais « je ne pense pas qu'on ne sait pas le faire. Au contraire, on est capables de le faire. Maintenant est-ce qu'on le travaille ? Non ». Pas moins courageux Camille Lopez sur France TV au micro de Cécile Grès : « Nous (les joueurs) sommes fautifs mais on est pas les seuls dans ce naufrage ».

Clairement les deux Clermontois, sans se dédouaner, pointent du doigt le staff, sa gestion tactique, sa préparation des matchs, sauf à penser qu'ils cherchaient à être exclus du groupe, je ne vois pas pourquoi nous remettrions le fond de leurs propos en cause.

Ensuite il faut chercher du coté des jeunes, les anciens eux respectent les éléments de langages distribués par la FFR. Felix Lambey, ou Arthur Iturria (à retrouver dans l'humeur de David Reyrat du Figaro) : «on est encore un peu passés pour des guignols […] Ça fait je ne sais combien de tournées et de tournois qu'on essaye de s'accrocher, mais ça ne suffit pas.»

Mais chose étrange dans le rugby, la parole se libère partout, vous avez vu ci dessus l'édito du Figaro où David Reyrat se demande si Brunel et la FFR ne nous prennent pas "pour des grosses truffes"

Emmanuel Massicard (Midi Olympique du jour) qui succède à Léo Faure (aux commandes de l'édito la semaine dernière) qui n'hésitent pas à mettre les instances dirigeante devant leurs responsabilités : « Des joueurs, toujours trop seuls et que nous ne tiendrons jamais pour seuls responsables du naufrage actuel »

Et les anciens joueurs dont la voix porte, sortent du bois, Benazzi, Magne, Lièvremont, Dourthe etc... tous tirent des constats d’échec et récitent des réquisitoires sincères envers l’establishment du Rugby Français. Des voix qui résonnent d’autant plus que leur légitimité n’est plus à démontrer, mais aussi parce que la pratique reste inhabituelle dans le Rugby Français. Mirco Bergamasco en rajoute une couche sur son ancien sélectionneur (Midi Olympique du jour) : « Il (Brunel) n’avait pas de politique définie avec l’Italie. […] Il met trop la faute sur les joueurs. Il faut savoir reconnaître ses torts. Je ne l’ai jamais entendu le faire une seule fois »

Il n’y a plus que les amis proches, dont la gène est plus que palpable au moment d’évoquer le naufrage global de la FFR, pour défendre l’institution. Je ne les critiquerai pas parce que tirer à boulet écarlate sur son meilleur ami reste un exercice difficile Messieurs Moscato et Charvet, mais rien n’empêche de mettre de vrais contradicteurs en face, rôle qu’Emmanuel Massicard, Jean François Paturaud, Wilfried Templier voire Laurent Depret essaient péniblement de tenir sur RMC quand le poisson est grossièrement noyé par les premiers cités !

Les internets ont du talent et l'excellent @Renvoiaux22 résume parfaitement dans un tweet ce qu'est le sélectionneur actuel :

Comme l'Anglais du LOU, Carl Fearns résume parfaitement mon sentiment sur le XV de France : "Le poste de sélectionneur de l'équipe de France et le poste le plus attirant dans le monde du rugby actuel. Vous pourriez faire de petits changements et passer pour un génie. Ils ont les joueurs !"

Pour conclure je citerai Emmanuel Massicard (Midi Olympique du jour) : « Bernie devra […| décider s’il continue de laisser à Simon les rênes d’un monde sportif qui lui échappe. »

Un Serge Simon ou « Don Simone » dont le portrait dépeint dans l’excellent article de 20 minutes ne laisse que peu de place à l’imagination quand se pose la question existentielle, « le Vice-président en charge des équipes de France, du haut niveau, de la relation FFR/LNR, du marketing et de la communication, agit-il pour l’intérêt du Rugby ou pour son ambition personnelle démesurée ? »

Un staff à l'agonie, des instances qui balbutient, et un Rugby Français qui clame son amour pour le XV de France tout en étant unanime sur l'incohérence des instances qui le régissent. Nous voila donc au pied du mur, mais rassurez vous, nous avons encore des ressources pour creuser plus profond, ce qui ressemblerait à une sépulture rugbystique.

Un Staff qui se complique la tâche

Ce staff ne sait pas où il va, alors le Top 14 à bon dos et les reins solides pour encaisser la responsabilité des échecs, mais ne venez pas m’expliquer qu’il est LA cause du fait que le XV de France se bat pour la dernière place du Tournoi.

En plus de ne pas savoir où il va, ce staff se complique sciemment la tâche, en ne prenant pas les meilleurs, et surtout, en faisant tout pour que les joueurs aient le moins d’automatismes possibles !

Tu n’as pas de plan de jeu ? Emprunte le aux clubs !

La composition de Dimanche révèle une chose, si on a pas de talent (ce dont je doute), on a pas d’idées non plus. En effet, si on avait voulu faire plus hétéroclite en terme de complémentarité on aurait eu du mal, analyse rapide de la compo :

  • 1ere ligne : 3 clubs et 3 générations différentes (6 clubs pour 6 joueurs si on tient compte du banc)

  • Pas plus de complémentarité entre le lanceur Guirado (parce que Camille Chat je suis pas sur qu’il lance réellement en touche, ça ressemble plus à une bataille de bombes à eau, qu’à un lancer en touche) et les sauteurs, également tous issus de clubs différents et de générations différentes

  • 2ème ligne : 2 clubs, 2 générations différentes, et donc 3 clubs, 3 générations et 2 cultures différentes si je compte le Franco-Bok Willemse sur le banc

  • 3ème ligne : 3 clubs et 3 générations différentes (4 clubs pour 4 joueurs si on tient compte du banc)

  • Charnière : Formidable, de la cohérence pour les béotiens. La présence de deux Toulousains a permis de justifier une telle association, mais sauf erreur de ma part, jamais Dupont et Ntamack n’ont été associés dans un XV titulaire. Et pour cause Ntamack joue au centre et, s’il manque Holmes (le 10 titulaire) à Toulouse, c’est Ramos qui est titulaire à l’ouverture, voire Dupont, Ntamack arrivant ensuite dans la hiérarchie… Sur le banc, en sanctionnant les Clermontois, on retrouve de la cohérence entre Serin et Belleau qui seront au RCT, bon ce sera pour la saison prochaine mais ça compte quand même.

  • Centre : 2 clubs, 2 générations différentes

  • Triangle Arrière/Ailier : hormis les complémentarités peu évidentes il y aurait beaucoup à dire, à commencer par la cohérence de la titularisation de Huget, sans parler de ses performances, il n’est pas titulaire au Stade quand l’effectif est au complet, il était même hors du groupe en phase finale l’an dernier, au profit de … Maxime Médard sur le banc du XV de France...

Si, à défaut de prendre les meilleurs, nous privilégions la complémentarité club ?

Je sais que ça à l’air complètement fou, mais si certaines associations fonctionnent en club, l’idée de les transposer ne serait-elle pas intéressante ? Nous sommes dans un rugby de clubs, plutôt que de les combattre pourquoi ne pas s’en servir ! Par exemple (ce n'est pas mon opinion simplement des idées poussées à l’extrême que je trouve cohérente) :

  • 1ère Ligne : depuis la blessure de Julien Marchand, deux clubs Français, au demeurant plutôt performants, ont des 1ère ligne de joueurs internationaux :

  • Le Stade Rochelais : Dany Priso – Pierre Bourgarit – Uini Atonio

  • Le Racing 92 : Eddy Ben Arous – Camille Chat – Cedate Gomes Sa

  • 2ème Ligne : Une base Clermontoise parait plutôt évidente, d’autant qu’elle est habituée au jeu de mouvement que demande le rugby international :

  • Sébastien Vahaamahina, même s’il convainc peu ces derniers temps, et Paul Jedrasiak qui revient très bien

  • Difficile de ne pas citer Felix Lambey qui sort du lot en bleu

  • 3ème ligne : Je déroge à mon postulat de départ. Difficile de trouver un club où sévit une 3ème ligne complètement Française et performante, de ce fait je pencherais pour trouver des joueurs intelligents, complet et mobile, ce qui nous manque terriblement. Dans les rucks, en touche, dans le placement offensif on manque de « joueurs plus », capables de dépasser leurs fonctions.

  • En terme de complicité il y a bien la génération ayant réalisé le grand chelem U20 en 2014 avec Arthur Iturria (en 2ème ligne), François Cros (Capitaine) et Yacouba Camara (Felix Lambey en été aussi), mais il parait important de valoriser également le présent et ne pas jeter le bébé avec l’eau du boudin.

  • #7 : Athur Iturria parait installé, un gros volume de jeu, excellent sauteur et des bonnes mains

  • #6 : François Cros, le cerveau, capitaine en U20, cette saison en fonction des compo du ST, ce joueur sait tout faire courir, plaquer, passer, bon contreur en touche et une technique irréprochable pour celui qui est formé au poste de 8.

  • #8 : Gregory Alldritt, il a explosé avec le Stade Rochelais cette saison mais surtout il confirme en bleu avec des entrées fracassantes. Certes il joue plus flanker, bien que formé en 8, il ressemble un peu à Cros avec une bien meilleure capacité de franchissement, une espèce de Kevin Gourdon au top de sa forme.

  • Banc : l’évidence Sekou Macalou, certes parfois indiscipliné mais tellement fort, les dégâts tant offensif que défensif que peut faire ce garçon sont ignorés pour des raisons qui m’échappent.

  • Charnière : Avec les joueurs que nous avons à disposition, en terme de polyvalence, je pense déjà qu’il n’est pas nécessaire d’avoir les postes doublés sur la feuille.

  • L’évidence Clermontoise dans les 23 : Morgan Parra et Camille Lopez sont injustement sortis du groupe. Si je peux comprendre et j’approuve plutôt un changement dans le XV de départ, se passer d’eux est grotesque

  • Antoine Dupont, c’est un joyaux qu’il est évident de mettre sur la feuille, titulaire pour moi mais le débat est ouvert. Néanmoins il me parait assez inconcevable aujourd’hui de faire sans ces trois là.

Petit bémol en terme de complémentarité, Camille Lopez souffre quand même beaucoup dans le jeu d’occupation et il est important de voir la complémentarité avec son 1er centre. Pour sortir de notre camp l’associer à Romain Ntamack (voir ci-dessous) fait sens pour le soulager, si tel est le cas (Ntamack en 12), le nom de Louis Carbonel, qui monte en puissance, mérite d’être cité, complémentarité évidente des deux jeunes, largement prouvée l'an dernier.

  • Centres : deux paires de centres crèvent littéralement l’écran depuis le début de saison tant en France qu’en Europe :

  • Le Stade Toulousain : Romain Ntamack et Sofiane Guitoune. Leur complémentarité est impressionnante tant elle était inattendue. Leur capacité a créer des décalage et à franchir pour faire jouer derrière eux est sans égal en France, défensivement l’entente est également admirable.

  • Le Racing 92 : Henry Chavancy et Virimi Vakatawa. Un style plus « à l’ancienne » mais diablement efficace et très complémentaire. Petit bémol par rapport à l’effectif global, il faut à cette un paire de centres un ouvreur patron, créateur avec un gros jeu au pied. En effet défensivement il n’y a pas grand-chose à dire si ce n’est qu’ils ne soulageront pas le 10 avec leur jeu au pied. Offensivement il faut un créateur qui les lance parfaitement et qui les mette dans les bons intervalles. Hormis Ntamack, dont je ne suis pas sûr qu’il est assez de minutes en 10 pour assurer au niveau international, , nous n’avons pas vraiment ce profil.

En soit, si Lopez est en 10 il lui faut un second ouvreur à ses cotés, donc plutôt la paire toulousaine. Si c'est les Racingmen je choisirai plutôt Ntamack en 10.

  • Ailiers : la complémentarité ici importe peu, à un poste où c’est le talent qu’il faut privilégier à mon avis (si l’organisation du reste de l’équipe est cohérente). Et le talent il peut être dans le même club :

  • L’ASM Clermont Auvergne : Damian Penaud qui montre, dès que le jeu s’emballe, à quel point il est précieux balle en main, plutôt à l’aise sous les ballons haut, il manque de repères défensifs et dans le placement. Mais les largesses sur la couverture du 2nd et 3ème rideau, me paraissent plus l’apanage d’un staff perdu que de joueurs, efficaces dans ce domaine en club. Et Alivereti Raka, qui d’autre que celui qui est sans doute le meilleur joueur du championnat, de retour très prochainement. Celui qui a émis le souhait de jouer en bleu, et qui devrait déjà être international sans une démagogie sans fondement de Bernard Laporte en Novembre.

  • Derrière Teddy Thomas est également une évidence, justifier ses absences autour de largesses défensives et à peu près aussi cohérent que de justifier les absences de Parra et Lopez sur des critères uniquement sportifs.

  • Arrière : Il faut qu’il soit complémentaire avec lui-même, c’est-à-dire que mettre un mec complet mais dans le désordre ça marche pas. Imaginer remettre Yoann Huget, par exemple, c’est non ! Donc un spécialiste du poste, à qui l'on confie les rènes gestion du 3ème rideau :

  • Thomas Ramos : en plus des qualités démontrées chaque WE, il présente l’avantage d’être régulièrement titularisé à l’ouverture, cela permet de mettre en place un banc de spécialistes (un 9, un centre, un arrière/ailier), et pas des polyvalents qui viennent boucher les trous, ainsi éviter les atermoiements du déplacement Anglais.

  • Maxime Médard : s’il reste au niveau de ces deux dernières saisons il peut être le complément parfait, souvent à l’aile en club, une formation et une carrière passée en 15, un gros pied, what else.

Tout cela ne fait pas une équipe évidemment, mais quand on a pas de talent, on a des idées. Et comme je suis à peu près certain que ce staff manque de talent (contrairement aux joueurs) essayons de lui donner des idées !

#Tournoi6nations #rugby #XVderance #journaliste #Top14

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Tout mes articles sont réalisés sans volonté de jugement, avec le plus d'impartialité possible mais certainement aussi, avec des écrits partisans et des émotions personnelles, inhérents à la passion qu'engendre ce sport.