XV Type de la Saison 2020 - 2021

Le XV le moins subjectif de la trilogie, et pourtant, le calendrier du rugby nous oblige à de la subjectivité. Il nous oblige à ne pas considérer tous les joueurs de la même façon, il nous oblige à comparer des performances de Top 14 avec des performances dans le Tournoi des 6 Nations, il nous oblige à comparer des joueurs qui ne jouent que des gros matchs avec des marathoniens du championnat.

L'objectif est de faire le meilleur XV possible, mais si certains postes paraissent évidents, pour d'autres le débat existe.




- 15 : Brice Dulin est (re)devenu une évidence à un poste où nous n’avions que trop peu de certitudes en France. On peut discuter plein de choses, argumenter sur des qualités qu’ont Ramos, Laporte, Matsushima, Beale, néanmoins dans un poste où la sécurité devient primordiale, sa régularité et son excellence sur des points clés du jeu moderne : ballons haut, défense, placement, jeu au pied et surtout un talent offensif toujours présent, en ont (re)fait une évidence en Top 14, en H-Cup, en Bleu. Fort


- 14 : Josua Tuisova, on peut dire ce qu’on veut du Lyonnais, sur sa façon de jouer, sur son QI rugby sur beaucoup de sujets il y a matière à discuter le concernant. Mais il est trop fort c’est une arme de destruction massive, posez vous la question de savoir dans quelle équipe il ne serait pas titulaire ? Aucune, en revanche je vois pas mal d’équipes dans lesquelles il performerait encore plus, avec un système de jeu plus adapté. Une machine !


- 13 : Pierre Louis Barassi est entre le coup de cœur et l’équipe type, j’ai longtemps hésité avec Moala, une chose a fait pencher la balance, en dehors de l’amour que je porte à Barassi depuis que je l’ai vu jouer en 2018 avec les U20. C’est son impact et sa progression défensive. Offensivement tout le monde voit rapidement, dès ses premières courses, prises de balle qu’il a quelque chose en plus, quel que soit le niveau auquel il évolue, mais il a rajouté 88% de réussite au plaquage en n’étant jamais pénalisé. Heureusement qu’au LOU ils jouent comme des cochons, parce que Laporte et Barassi sous le même maillot rouge et noir ça aurait pu me faire vriller !


- 12 : Pita Ahki le All-Black qui n’en ai pas un ! Il fait partie de cette caste de joueur qui ne passe jamais au travers d’un match, et encore moins d’un gros match. Capable quelle que soit la physionomie de la rencontre de l’impacter, il possède toute la panoplie du 12. Quand Toulouse a été en difficulté il fut souvent celui qui changea le momentum, en annihilant une attaque adverse avec une montée défensive anticipée que peu de joueurs peuvent faire, ou par une prise d’intervalle tranchante qui remet l’équipe dans le bon sens. Le métronome de cette équipe, un formidable joueur.


- 11 : Matthis Lebel, le meilleur ailier toulousain de la saison. Deuxième marqueur d’essai de la saison (coincé entre les frères Tuisova/Nakosi), il a été d’un régularité folle, et démontré à haut niveau ses qualités d’attaquant. Pas le même profil que son compère mais lui aussi fait gagner. Je suis attaché à juger les joueurs dans les matchs qui comptent, et Matthis Lebel a compté, notamment en H-Cup, son exploit individuel au Munster qui permet au Stade de climatiser Thomond Park en ¼, puis son essai qui lance Toulouse en demi… Grosse saison, décisif pour le club qui réalise le doublé, à 21 ans. Prometteur


- 10 : Matthieu Jalibert, une fois n’est pas coutume, sur la saison régulière ce choix parait évident. Parmi les nombreux ouvreurs ayant réalisés une très bonne saison, il a été le plus régulier, le moins blessé. Son talent offensif est indéniable, il est capable de faire basculer une rencontre par son sens de la course, en créant des espaces qui n’existent pas, très fiable face aux perches, cette saison de Top 14 fut un parfait tableau de ce qu’est Matthieu Jalibert. Mais on devient exigent avec les surdoués, tout cela je l’ai déjà écrit il y a 3 ans (Lien Bilan des Ouvreurs 2018) et il y a quelque chose qui m’embête, les défauts sont les mêmes, les qualités aussi. Si j’ai l’impression qu’il est plus fort sur ses points forts (donc que c’est un travailleur), j’ai l’impression qu’il n’a que peu voire pas progressé sur ses points faibles. En défense tout d’abord, il est dans la moyenne basse sur les plaquages tentés (4/80 minutes de jeu effectif) et très basse dans sa réussite (70% de plaquage réussis). A titre de comparaison, Lopez est à 85% (6,2 tentés), Ntamack à 80% (5 tentés), Segonds 81%, seuls les Rochelais Plisson et West font moins bien avec 66% dans les ouvreurs jouant régulièrement ! Il est également l’ouvreur qui concède le plus de pénalités (en moyenne et en volume) juste derrière Urdapilleta (qui est Castrais et Argentin, donc on peut considérer son cas comme un exception culturelle). Et la dernière chose qui m’embête c’est qu’il a peu développer d’alternatives à la création pour lui-même, comment peser sur un match si l’on ne parvient pas à franchir ? Je suis désolé de l’analogie pour les non-initiés, mais Jalibert me fait penser à beaucoup de joueurs NBA, incroyablement talentueux, qui performent en saison régulière mais tombent en playoffs quand les défenses se resserrent et quand l’adaptation devient nécessaire. Matthieu Jalibert c’est Russel Westbrook pour moi, sauf que Jalibert à un coach qui sait comment gagner, qui a eu des ouvreurs bien moins talentueux mais qui lui ont fait gagner des titres… S’il ne progresse pas j’ai peur qu’on ait des regrets, en revanche si Urios lui injecte un peu d’Urdapilleta en intraveineuse il peut devenir Owen Farrell avec les inspirations de Cipriani (pour prendre en exemple son modèle). Sinon il peut devenir Quade Cooper, et pour ceux qui hurlent vous irez voir Quade Cooper au même âge, vainqueur du Super Rugby 2011 (quand le SR était une vraie compétition avec 3 pays), auteur de performances incroyables qui a ensuite stagné voire régressé. Pour le XV de France, pour l’émulation et le niveau du championnat je souhaite qu’il progresse sur ses points faibles, et surtout qu’il reste en bonne santé pour ne pas être freiné !


- 9 : Antoine Dupont, on fait le XV type du Top 14 ? De la H-Cup ? D’Europe ? Du Monde ? En fait peu importe la réponse concernant le demi de mêlée la réponse est toujours la même. Le seul débat qui a lieu aujourd’hui c’est de savoir si dans un XV Mondial en 2021 on met la légende de la gestion et de la technique Aaron Smith ou Antoine Dupont ! Le chef d’orchestre du Stade a été adoubé par la légende NZ récemment, Ben Youngs le considère comme le meilleur 9 du monde, il n’y a pas grand-chose à rajouter … La seule chose que l’on peut mettre en avant par rapport aux années précédentes, c’est que Dupont a progressé de façon impressionnante sur ses point faibles, là où il avait relativement stagné depuis 2 ans. Son jeu au pied et sa gestion du match sont devenus « élite » cette année, en atteste ses deux finales ! Je ne le pensais pas capable d’atteindre ce niveau sur ses points faibles, je ne sais pas si c’est lui seul, le ST ou le staff de l’EDF qui lui a fait passer ce cap, mais c’est impressionnant ! (Il n’a que 24 ans)


- 8 : Gregory Alldritt : comme Dupont pour moi il n’y a aucun débat tellement il est au-dessus de la concurrence en France, en Top 14. Il a tout du numéro 8 moderne, il est puissant, grosse activité tant en attaque qu’en défense. On parle d’un joueur de 115 kilos qui en 80 minutes de temps de jeu effectif réalise : 14 courses avec ballon (meilleur de Top 14), 8 plaquages à 90%, marque 1 essai, ne prend aucun carton, et ne concède que 0,7 pénalité malgré cette suractivité. Et, même si ça n’est qu’une impression, il dégage un vrai charisme, il parait avoir l’étoffe d’un leader de groupe. Un monstre


- 6 : Cameron Woki : de moins en moins de « spécialiste » en 3ème ligne, beaucoup de joueur qui « tournent » entre les différents postes, néanmoins si je trouve que François Cros reste le joueur de l’ombre parfait en blindside au sein d’une troisième ligne comme celle-ci, je profite de sa blessure durant la saison pour mettre Woki à l’honneur. J’aime beaucoup son activité et il coche les cases de la défense, de l’attaque balle en main, de la touche, clairement moins actif proche et dans les rucks que le Toulousain, il ressemble plus à un 7 dans ses attitudes, mais utilisé en 6 à l’UBB. Donc sans réel consensus avec moi-même, c’est un autre champion du monde U20 qui intègre cette équipe type.


- 7 : Anthony Jelonch : je ne vais pas vous mentir le CO n’est pas l’équipe que je regarde le plus, mais à chaque fois le gersois sort du lot. En plus j’ai une grosse affection pour les joueurs qui me font mentir, en Novembre, puis pendant le tournoi, puis pendant la tournée, je me suis mis à douter de sa capacité à franchir l’obstacle proposé, à chaque fois il m’a bluffé. Utilisé à tous les postes de 3ème ligne, il a toujours trouvé le moyen d’impacter le match par sa puissance et son activité. Il a franchi un cap incroyable au moment de quitter le CO pour le Stade Toulousain. Stade Toulousain qui aurait mérité de voir un joueur de 3ème ligne mais le turnover entre Cros, Kaino, Elstadt (encore meilleur plaqueur de Top 14), Tolofua les a « desservi », mais imaginez que Jelonch les rejoint l’an prochain !


- 5 : Will Skelton a réalisé des performances à la hauteur de son physique, pachydermique. Très important offensivement, il est souvent utilisé pour mettre son équipe dans l’avancée comme premier attaquant, il a une activité rare pour un deuxième ligne de son gabarit. Seul son « petit frère » (Emmanuel Meafu) réalise plus de course avec ballon que le « Wallaby Rochelais » : 9,5 par 80 minutes de temps de jeu effectif. Il a porté La Rochelle dans ce qui fut l’un des plus gros exploits de la saison, homme du match face au Leinster en ½ finale de H-Cup. Un patron taiseux comme les 2ème ligne en sont souvent.


- 4 : Rory Arnold : un duo d’Australiens en seconde ligne, et plutôt complémentaire. A coté du physique pachydermique de Skelton, j’associe la grande tige Toulousaine. Venu rejoindre son frère dans la ville Rose, Rory est clairement le meilleur joueur de deux, souvent défini par sa taille, il est bien plus que ça. Évidemment ses 208 centimètres, couplés à une technique impeccable en font un poison en touche, mais c’est également un joueur très propre, il est dans la moyenne haute des plaquages effectués (10 par 80 minutes à 88% de réussite), il est surtout celui qui concède le moins de pénalité du championnat (en valeur et en volume, 0,4/80 minutes). Pas maladroit dans la continuité du jeu, il a été essentiel à un poste « en souffrance » au Stade toulousain cette saison


- 3 : Charlie Faumuina était une évidence pour moi, et j’ai vu beaucoup Uini Atonio dans les différentes équipes types de cette saison. Alors j’ai cherché pourquoi, j’ai creusé et je vous avoue que je n’ai pas trouvé. Faumuina a pour lui quelque chose de rare, qui fait que, dans mes yeux de ¾ il est unique. C’est qu’il se retrouve souvent à l’origine des essais Toulousain, sa capacité à être dans le bon timing de passe lorsqu’il est sollicité dans la ligne, est bluffante. Et à coté de ça il n’oublie pas de défendre avec 9 plaquages par 80 minutes à 90% (4 de plus que le Rochelais), 7 courses avec ballon et 0,5 plaquage cassé (comme Atonio). Et des performances qui marquent, comme cette ½ de H-Cup où il est, pour moi, homme du match face à l’UBB, monstrueux durant 78 minutes, pour un pilier droit de 35 ans c’est solide !


- 2 : Julien Marchand, là y’a une discussion légitime que je comprends entre Julien Marchand et Pierre Bourgarit. Si je résume l’idée, Pierre Bourgarit a été énorme en Top 14 toute la saison, et Julien Marchand est le capitaine de l’équipe qui a fait le doublé, et est, comme Antoine Dupont, dans la discussion pour savoir s’il n’est pas le meilleur joueur du monde à son poste suite à ses performances en EDF. Est-ce que Bourgarit a été plus en vue en Top 14 ? Oui, mais parce que Julien Marchand est incontournable en EDF (il a le 8ème temps de jeu, le plus important pour un première ligne dans l'équipe de Fabien Galthié), et qu’il a un remplaçant, international, qui serait titulaire dans 90% des clubs de Top14 qui lui permet de souffler. J’ai hésité, mais quand on a un joueur qui est dans le Top3 mondial, et qui réussi sa saison je ne vois pas comment le mettre dans cette équipe.


- 1 : Cyril Baille là pour lui je n’ai vraiment pas de concurrence, que ce soit en club ou en EDF il est vraiment au-dessus du lot. Complet il est très solide en mêlée, bon plaqueur (95% de réussite) et à une technique au dessus de la moyenne pour son poste. A part les blessures qui peut contester Cyril Baille ? Pas grand monde, il a même changé l’adage bien connu du dimanche, « personne entre le 9 et le 10, sauf si c’est Cyril Baille »

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